Galliani, une page fondamentale de l’histoire de Milan et du Calcio. Cet homme discret qui, derrière l’excentrique Silvio Berlusconi et le rustre Ariedo Braida, a, pendant plus de 30 ans, réussi des coups de maître et permis à Milan de remporter un nombre impressionnant de titres sur la scène nationale et européenne.
Cet homme est officiellement candidat à la présidence de la FIGC et, du haut de ses 82 ans, il propose des réformes modernes qui, comme il le dit lui-même, « ne peuvent plus attendre ».
Stades, formation, arbitrage, fiscalité, paris sportifs, gouvernance et compétitivité économique : Adriano Galliani pourrait avoir devant lui l’un des plus grands chantiers de l’histoire récente du football italien. Derrière sa candidature à la présidence de la FIGC se dessine une ambition qui dépasse largement le simple changement de direction. L’objectif est de redonner au calcio les moyens de rivaliser avec les grandes puissances européennes.
1. UNE RÉVOLUTION DES STADES : SORTIR L’ITALIE DE SON RETARD
C’est probablement l’un des dossiers les plus urgents.
Le football italien souffre depuis plusieurs années d’un retard considérable en matière d’infrastructures. De nombreuses enceintes sont vieillissantes, les procédures administratives sont complexes et les projets de construction rencontrent régulièrement des obstacles politiques.
La réforme envisagée repose sur trois axes :
- Simplifier les procédures administratives pour construire de nouveaux stades. - Faciliter la rénovation des enceintes existantes. - Encourager les investissements privés et les partenariats public-privé.
L’enjeu est également lié à l’Euro 2032, que l’Italie organisera avec la Turquie.
Pour Galliani, une modernisation des infrastructures représenterait un levier économique majeur : davantage de recettes les jours de match, des espaces commerciaux modernes, des revenus événementiels supplémentaires et une meilleure expérience pour les supporters.
L’objectif premier est de faire du stade un véritable outil économique fonctionnant toute l’année, et non plus simplement une enceinte accueillant des rencontres tous les quinze jours.
2. LES PARIS SPORTIFS : RÉINJECTER DE L’ARGENT DANS LE FOOTBALL
C’est l’une des propositions économiques les plus importantes du débat sur la réforme du football italien.
Le principe consiste à faire bénéficier le football d’une partie des revenus générés par les paris sportifs.
L’idée serait de créer un mécanisme de redistribution financière permettant de financer :
- Les centres de formation. - Les infrastructures sportives. - Le football amateur. - Le développement du football féminin. - Les programmes de prévention contre l’addiction aux jeux d’argent.
Cette mesure nécessiterait une intervention législative du gouvernement italien.
Elle permettrait au football de récupérer une partie de la valeur économique qu’il contribue à générer.
Le dossier comprend également la question de la publicité et du sponsoring des opérateurs de paris sportifs, actuellement soumis à des restrictions importantes en Italie.
La possibilité de revoir ces restrictions fait partie des propositions institutionnelles avancées pour améliorer les ressources du secteur.
3. LA FORMATION ITALIENNE : RECONSTRUIRE UNE GÉNÉRATION DE TALENTS
L’un des grands problèmes du football italien est la difficulté à produire et à installer durablement de jeunes joueurs au plus haut niveau.
La réforme technique envisagée vise à replacer la formation au centre du projet fédéral.
Plusieurs orientations sont identifiées :
- Améliorer la formation des entraîneurs de jeunes. - Développer les compétences techniques individuelles. - Favoriser le temps de jeu des jeunes talents. - Réformer les compétitions de jeunes. - Renforcer la détection des joueurs dans les territoires. - Améliorer la coordination entre les centres de formation et les sélections nationales.
L’idée est de sortir d’une formation parfois trop orientée vers les résultats immédiats et les considérations tactiques.
Le football italien doit retrouver sa capacité à former des joueurs techniquement créatifs, capables de faire la différence individuellement.
Un autre levier envisagé consiste à instaurer des avantages financiers pour les clubs qui investissent dans les jeunes joueurs italiens.
Des crédits d’impôt pourraient notamment soutenir les investissements consacrés aux joueurs de moins de 23 ans susceptibles d’intégrer les sélections nationales.
L’ambition est claire : faire de la formation une priorité économique et sportive, et non une simple obligation réglementaire.
4. UNE RÉFORME DES CHAMPIONNATS : REPENSER LA STRUCTURE DU CALCIO
La question de l’organisation des championnats professionnels est également centrale.
Une piste institutionnelle consiste à réduire le nombre de clubs en Serie A et en Serie B, avec un passage éventuel à 18 équipes dans chacune des deux divisions.
Cette réforme pourrait poursuivre plusieurs objectifs :
- Augmenter la compétitivité des championnats. - Réduire le calendrier des rencontres. - Limiter les charges économiques des clubs. - Améliorer la répartition des ressources. - Renforcer la stabilité financière des divisions professionnelles.
Une réflexion concerne également la réduction du périmètre du football professionnel, notamment en Serie C.
Mais cette réforme est politiquement sensible : elle nécessite l’accord des différentes composantes concernées.
Galliani devra donc convaincre les clubs et les représentants des différentes divisions.
5. L’ARBITRAGE : VERS UNE PROFESSIONNALISATION DU SECTEUR
Autre chantier majeur : l’organisation de l’arbitrage italien, souvent sujet à controverse et aux scandales.
Le système actuel fait régulièrement l’objet de critiques concernant sa gouvernance, son fonctionnement et la gestion des arbitres.
Deux pistes de réforme ont été étudiées dans le cadre des travaux fédéraux.
Première possibilité : créer une structure indépendante dédiée à l’arbitrage professionnel.
Cette organisation disposerait d’une gestion spécifique pour les arbitres évoluant dans les compétitions professionnelles.
Deuxième possibilité : réorganiser le fonctionnement de l’AIA, l’Association italienne des arbitres.
Cela pourrait notamment passer par :
- Une professionnalisation du haut niveau. - Une séparation entre la gestion politique et la direction technique. - Une réforme des mécanismes électoraux internes. - Une modernisation de la gouvernance. - Une amélioration de la formation et de l’évaluation des arbitres.
L’objectif serait de renforcer la crédibilité de l’arbitrage et de mieux protéger son indépendance.
6. LA SANTÉ FINANCIÈRE DES CLUBS : TERMINER AVEC LES CRISES À RÉPÉTITION
Le football italien doit également répondre à un problème structurel : la fragilité économique de plusieurs clubs. Le Chievo Vérone, Parme et, plus récemment, Brescia démontrent parfaitement que les clubs ne sont jamais à l’abri de l’effondrement.
Une réforme des critères d’admission aux championnats est envisagée.
Elle pourrait renforcer :
- Les contrôles financiers avant le début de saison. - Les exigences en matière de fonds propres. - Les garanties concernant le paiement des salaires. - La surveillance de l’endettement. - Les mécanismes de prévention des difficultés financières.
L’idée est de ne plus attendre qu’un club soit au bord de la faillite pour intervenir.
Une surveillance plus rigoureuse permettrait de protéger les compétitions, les salariés et les supporters.
7. LA FISCALITÉ : RETROUVER L’ATTRACTIVITÉ DU CHAMPIONNAT
L’Italie a perdu une partie de son attractivité fiscale avec la suppression de certains avantages accordés aux travailleurs étrangers dans le cadre du Decreto Crescita.
Une proposition consiste à réexaminer le régime fiscal applicable aux joueurs et entraîneurs professionnels étrangers.
L’objectif serait de rendre le championnat italien plus compétitif sur le marché international des transferts.
Il ne s’agit pas simplement de faciliter l’arrivée de grandes stars, mais également de permettre aux clubs italiens de rivaliser financièrement avec leurs concurrents européens.
Une telle réforme dépendrait néanmoins du gouvernement et du cadre fiscal national, ce qui ne sera pas forcément facile avec le gouvernement Meloni.
8. LE FOOTBALL FÉMININ ET AMATEUR : NE PAS OUBLIER LES AUTRES COMPOSANTES
La reconstruction du calcio ne peut pas concerner uniquement la Serie A masculine.
Le développement du football féminin et amateur constitue également un enjeu important.
Les pistes étudiées comprennent :
- Le renouvellement des financements du football féminin professionnel. - Le soutien aux clubs amateurs. - L’amélioration des infrastructures locales. - Le développement du football scolaire. - L’accès au sport pour les personnes en situation de handicap. - La reconnaissance du rôle social des fédérations sportives.
L’idée est de construire une pyramide footballistique plus solide, depuis les premières catégories jusqu’au football professionnel.
9. UNE NOUVELLE GOUVERNANCE POUR LA FIGC
Enfin, la question politique sera déterminante.
Le futur président devra réconcilier les différentes familles du football italien : Serie A, Serie B, Serie C, football amateur, joueurs, entraîneurs et arbitres.
Galliani possède une expérience importante des négociations entre clubs et institutions.
Son principal défi sera de transformer cette expérience en un modèle de gouvernance capable de faire avancer les réformes.
Il devra notamment éviter que les intérêts particuliers des différentes composantes bloquent les décisions stratégiques.
LE DÉFI : UN CHANTIER IMMENSE POUR LE CONDOR
Adriano Galliani ne peut pas simplement promettre de redonner de la grandeur au football italien.
Il devra apporter des réponses concrètes à des problèmes qui se sont accumulés pendant plusieurs décennies.
Les stades, la formation, les finances, l’arbitrage et la gouvernance constituent les cinq grands piliers d’une éventuelle reconstruction.
Mais une difficulté demeure : toutes ces réformes ne dépendent pas uniquement du président de la FIGC.
Certaines nécessitent l’accord des clubs, d’autres une majorité fédérale, et plusieurs exigent même une intervention du gouvernement italien ou une adaptation du cadre européen.
C’est précisément là que l’expérience de Galliani pourrait faire la différence. L’ancien dirigeant du Milan AC connaît les rapports de force, les négociations et les mécanismes économiques du football professionnel.
Le Condor ne vise donc pas uniquement un fauteuil présidentiel. Il ambitionne de prendre les commandes d’un football italien qui doit impérativement se réinventer.
Le 14 décembre pourrait marquer le début d’une nouvelle ère.
Et pour Galliani, le véritable défi ne sera pas de gagner l’élection, mais de réussir les réformes que le calcio attend depuis trop longtemps.
Sa candidature a franchi une étape importante le 29 octobre, lorsque l’Association italienne des footballeurs (AIC) et l’Association italienne des entraîneurs (AIAC) ont officialisé leur soutien et confirmé avoir réuni les signatures nécessaires.
Cela donne un espoir que le Calcio pourrait enfin connaître le virage à 90 degrés qu’il attend depuis maintenant 20 ans.
Le Condor vieillit, mais tel un Phénix, il pourrait faire renaître le Calcio de ses cendres.
