Il Momento Gaby
Turquie-Italie : le temps de redevenir l’Italia.
Il faut du temps pour construire une équipe. C’est ma façon de voir les choses, et je ne demande à personne de la partager. Dans le football italien, beaucoup ont déjà sorti les marteaux après la défaite contre la Belgique. Les critiques pleuvent, les doutes s’installent, et certains voudraient déjà des réponses après seulement 90 minutes. Moi, je préfère regarder plus loin.
Cette Italie est en reconstruction. Un nouveau cycle ne se construit pas en quelques jours, encore moins en quelques matches. Alors oui, elle peut perdre contre la Turquie. Elle peut même encore trébucher une ou deux fois dans cette Nations League sans que cela suffise, à mes yeux, à condamner Mancini ou son équipe. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas seulement le résultat d’aujourd’hui. C’est ce que cette équipe sera capable de devenir demain.
Parce que le temps, il faudra le donner. Mais il faudra aussi qu’il serve à quelque chose.
Au fil des matches, il faudra voir apparaître cette équipe. Celle qui se parle, qui se cherche, qui apprend à se comprendre. Celle où un joueur court pour celui qui vient de perdre le ballon. Celle où l’effort du coéquipier devient une évidence. Celle où onze joueurs recommencent à ressembler à une équipe.
Face à la Belgique, nous en étions loin. Une première période subie de bout en bout, une réaction après la pause davantage individuelle que collective et cette sensation désagréable de regarder onze maillots italiens sans vraiment voir une Italie. Peu d’idées, peu de mouvements, pas de pression collective. Et derrière, des espaces béants dans lesquels les Belges se sont engouffrés avec une facilité presque insolente.
Ce soir, à Bursa, il ne faudra donc pas demander à Mancini d’avoir déjà tout réglé. Il faudra simplement commencer à voir son Italie prendre forme. Et surtout, recommencer à être l’Italie. La Squadra Azzurra. Celle qui avance ensemble, qui souffre ensemble et qui se bat ensemble.
Selon ce qui se lit dans la presse italienne, il Mancio devrait conserver son 4-3-3, mais avec plusieurs changements. Kayode pourrait remplacer Di Lorenzo à droite, Scalvini être associé au revenant Bastoni dans l’axe et Ruggeri occuper le flanc gauche. Au milieu, Tonali, Frattesi et Fagioli devraient composer le trio appelé à former l’entrejeu italien, même si les rôles restent encore à définir. Et devant, les tendances qui ressortent dessinent un trident différent, avec Raspadori à droite, Pio Esposito dans l’axe et Kean à gauche. Mais une autre possibilité existe : voir Sebastiano Esposito entrer dans l’équation et, pourquoi pas, offrir aux deux frères la possibilité d’être ensemble sur le terrain. Une hypothèse séduisante, qui ajouterait encore un peu de piment aux choix offensifs du sélectionneur.
Mais les changements de joueurs ne suffiront pas.
Il faudra changer l’attitude.
Contre la Belgique, l’Italie a joué avec le frein à main. Prisonnière de ses doutes, encore enfermée dans les fantômes du passé. Trop de peur, trop peu d’initiative. Un football ralenti par ces fameux « passagetti » qui permettent à l’adversaire de se replacer tranquillement.
Eux couraient. Nous, beaucoup moins.
Et quand nous devions presser, nous subissions. Quand nous devions accélérer, nous ralentissions. Quand nous devions jouer ensemble, nous cherchions trop souvent la solution individuelle.
Entre les lignes, il y avait des autoroutes. De Bruyne et Godts n’avaient plus qu’à choisir leur sortie.
Voilà ce qu’il faudra changer. Courir. Presser. Accélérer. Se rapprocher. Faire l’effort pour l’autre. Retrouver cette envie de jouer ensemble qui ne s’apprend pas dans un schéma tactique.
La Turquie, battue elle aussi lors de la première journée, arrive donc au mauvais moment… ou peut-être au bon. Parce que cette rencontre est une nouvelle étape. Pas un jugement définitif. Pas une sentence. Simplement une occasion de voir si quelque chose commence à changer.
Le temps, il faudra le donner à cette Nazionale. Je continuerai à le penser, même si beaucoup ne sont pas d’accord avec moi. Mais en échange, cette Italie devra nous donner des signes. Petit à petit. Match après match.
Pas besoin de promesses. Pas besoin de grands discours.
Juste onze joueurs qui courent dans la même direction.
Juste une équipe qui recommence à essere l’Italia.
Bon match, à bientôt et soyez Fair-play... Forza Italia 🇮🇹💙
