Le Calciopoli, le calcio dans la tourmente
La saison 2005-2006 vient de se terminer. Sur le terrain, la Juventus termine en tête du championnat. L’Italie s’apprête à s’envoler pour l’Allemagne afin de défendre ses couleurs lors de la Coupe du monde. Jusqu’ici, rien d’anormal, direz-vous. Pourtant, le calcio s’apprête à vivre l’une des pages les plus sombres de son histoire.
Le Calciopoli éclate au grand jour. Ce scandale, révélé notamment par des écoutes téléphoniques, met en lumière des tentatives d’influence sur la désignation des arbitres en Serie A. Plusieurs clubs sont concernés, parmi lesquels la Juventus, le Milan, la Lazio et la Fiorentina. Des dirigeants sont également dans le viseur, au premier rang desquels Luciano Moggi, ancien directeur général de la Juventus. Les révélations s’enchaînent et le football italien plonge dans la tourmente.
Au milieu de ce bourbier, plusieurs joueurs de ces clubs portent les couleurs de la Nazionale. Une raison de les voir sombrer ? C’est tout le contraire. Loin de se désunir, le groupe de Marcello Lippi affiche une solidarité remarquable. Les Azzurri veulent aller au bout de ce Mondial allemand et redonner un peu de fierté à un football italien profondément meurtri par le scandale.
Comme si le Calciopoli ne suffisait pas, un nouveau coup dur frappe la famille du football italien en pleine Coupe du monde. Le 27 juin, de terribles nouvelles parviennent de Turin : Gianluca Pessotto, ancien joueur de la Juventus et récemment nommé dirigeant du club, est retrouvé grièvement blessé après une chute depuis le siège des Bianconeri. La piste d’une tentative de suicide est alors évoquée. L’annonce provoque une onde de choc au sein de la sélection italienne, dont plusieurs membres sont profondément touchés par cette nouvelle.
Lippi, architecte d'une conquête
Le 15 mai 2006, Marcello Lippi dévoile sa liste pour le Mondial. Le sélectionneur peut compter sur un groupe expérimenté, emmené par Fabio Cannavaro, Gianluigi Buffon, Alessandro Nesta, Andrea Pirlo et Francesco Totti, revenu à la compétition après une grave blessure à la cheville et au péroné.
L'Italie entame parfaitement son tournoi. Avec deux victoires et un match nul, les Azzurri terminent en tête de leur groupe. La blessure de Nesta vient toutefois perturber les plans de Lippi. Marco Materazzi prend sa place et va rapidement se rendre indispensable.
En huitième de finale, l'Italie retrouve l'Australie de Guus Hiddink, qui avait conduit la Corée du Sud à éliminer les Azzurri quatre ans plus tôt. Réduits à dix après l'expulsion de Materazzi, les Italiens semblent se diriger vers les prolongations. À la 95e minute, Francesco Totti transforme un penalty controversé obtenu par Fabio Grosso. L'Italie passe par un trou de souris.
En quarts, les hommes de Lippi ne laissent aucune chance à l'Ukraine d'Andriy Shevchenko. Gianluca Zambrotta ouvre le score et Luca Toni inscrit un doublé. Victoire 3-0, direction les demi-finales.
À Dortmund, la Nazionale affronte l'Allemagne, pays hôte. La Mannschaft n'a encore jamais perdu dans cette ville en quatorze rencontres internationales. Le défi est immense. Après 90 minutes sans but, les deux équipes se livrent une bataille intense en prolongation. Alberto Gilardino et Gianluca Zambrotta touchent les montants, tandis que Buffon repousse notamment une frappe de Lukas Podolski.
Alors que les tirs au but se profilent, Pirlo trouve Grosso d'une passe lumineuse à la 119e minute. Le défenseur italien ne tremble pas et enroule sa frappe dans le petit filet. Quelques instants plus tard, Alessandro Del Piero conclut une contre-attaque et scelle la victoire italienne (2-0). L'Allemagne tombe à Dortmund. L'Italie n'est plus qu'à un match du sacre.
Berlin, théâtre d'une gloire éternelle.
Pour cette finale 100 % européenne, l'Italie retrouve son bourreau de l'Euro 2000, la France, qu'elle n'a plus battue en compétition officielle depuis 1978. Les Français partent favoris, mais les Azzurri peuvent compter sur une défense de fer. Depuis le début du tournoi, ils n'ont encaissé qu'un seul but, un autogoal de Cristian Zaccardo face aux États-Unis. Les Italiens rêvent d'une quatrième étoile, les hommes de Raymond Domenech d'une deuxième.
La finale démarre sur les chapeaux de roue. À la 6e minute, Florent Malouda s'infiltre dans le rectangle et est percuté par Materazzi. L'arbitre désigne le point de penalty. Zidane ne tremble pas et transforme sa tentative d'une panenka. Les hommes de Lippi réagissent rapidement. À la 19e minute, sur un corner de Pirlo, Materazzi s'élève au-dessus de la défense française et égalise d'une tête rageuse. Quelques minutes plus tard, Luca Toni manque de donner l'avantage aux siens, sa tête venant s'écraser sur la barre transversale.
Après la pause, les Italiens éprouvent davantage de difficultés. Les efforts fournis face à l'Allemagne commencent à peser dans les jambes et les Français prennent progressivement le contrôle de la rencontre. Thierry Henry se montre particulièrement remuant et met la défense italienne sous pression. La Nazionale trouve néanmoins une occasion de reprendre l'avantage. Sur un coup franc de Daniele De Rossi, Toni reprend de la tête, mais son but est refusé pour un hors-jeu de justesse.
Les prolongations sont à leur tour riches en émotions. Ribéry voit sa frappe frôler le poteau de Buffon. Quelques instants plus tard, Zidane, esseulé au point de penalty, reprend de la tête un centre de Willy Sagnol. Buffon réalise alors une parade magistrale et détourne le ballon au-dessus de sa barre.
À la 110e minute, la finale bascule. Après un échange de paroles avec Materazzi, Zidane revient sur ses pas et assène un coup de tête en plein torse au défenseur italien. Alerté par son quatrième arbitre, Horacio Elizondo expulse le capitaine français. Pour sa dernière apparition sur un terrain, le numéro 10 quitte la pelouse prématurément. Il faut finalement passer par les tirs au but. David Trezeguet, celui qui avait fait pleurer toute l'Italie six ans plus tôt, est le seul à manquer sa tentative. Fabio Grosso, héros des précédents tours, se charge du tir décisif et prend Barthez à contre-pied. L'Italie décroche sa quatrième Coupe du monde !
Cinq jours plus tard, la fête est déjà terminée. Les sanctions du Calciopoli tombent : la Juventus est reléguée en Serie B et privée de ses titres de 2005 et 2006. Le Milan, la Lazio et la Fiorentina sont également sanctionnés. Le scandale laissera des traces profondes et contribuera aux difficultés du calcio dans les années suivantes. L'Italie vient de toucher le sommet du football mondial, mais son championnat s'apprête à perdre peu à peu de son influence sur la scène européenne. Depuis cette finale, les Azzurri n'ont plus disputé le moindre match à élimination directe en Coupe du monde.
