JEUNES ITALIENS : FAUT-IL UN ENTRAÎNEUR ÉTRANGER POUR ENFIN LEUR FAIRE CONFIANCE ?
C'est un paradoxe qui mérite que l'on s'y attarde.
Depuis des années, le football italien s'interroge sur le manque de renouvellement de ses talents, sur les difficultés de la Nazionale et sur la place toujours plus importante des joueurs étrangers dans notre championnat.
Pourtant, lorsque de jeunes Italiens frappent à la porte des plus grands clubs de Serie A, une question revient régulièrement : pourquoi semble-t-il si difficile de leur accorder une véritable chance ?
Et plus étonnant encore, pourquoi a-t-on parfois l'impression que ce sont les entraîneurs étrangers qui osent davantage leur faire confiance ?
DEUX ENTRAÎNEURS ÉTRANGERS, DEUX JEUNES TALENTS
Prenons deux exemples récents.
À l'Inter, Cristian Chivu n'a pas hésité à responsabiliser Francesco Pio Esposito.
Le technicien roumain aurait pu se contenter d'en faire une solution de remplacement, un jeune attaquant prometteur destiné à grappiller quelques minutes derrière des joueurs confirmés.
Mais il a choisi de lui donner du temps de jeu, des titularisations et surtout une place dans sa rotation offensive.
Et le jeune Italien lui rend cette confiance sur le terrain.
Du côté du Milan, Ruben Amorim semble suivre une logique comparable avec Alphadjo Cissé.
Le Portugais n'a pas attendu que le jeune offensif possède plusieurs saisons d'expérience au plus haut niveau pour lui confier des responsabilités.
Certes, son utilisation reste progressive, notamment en championnat, mais Cissé a déjà pu s'exprimer sur la scène européenne et démontrer toute l'étendue de ses qualités.
Son triplé face au RB Salzbourg en est l'illustration la plus spectaculaire.
Deux entraîneurs étrangers, deux jeunes Italiens et une même idée :
Le talent ne demande pas toujours des années de patience avant de pouvoir s'exprimer.
LE CAS VERGARA : QUAND LA PRUDENCE FREINE LA PROGRESSION
À l'inverse, le cas d'Antonio Vergara au Napoli pose question.
Malgré des qualités évidentes et des prestations encourageantes, le jeune Italien peine à bénéficier d'une véritable continuité sous les ordres de Massimiliano Allegri.
Quelques apparitions, deux titularisations en championnat, puis un retour sur le banc.
Bien sûr, la concurrence et les pépins physiques doivent être pris en considération.
Mais comment un jeune joueur peut-il réellement franchir un palier s'il doit prouver sa valeur à chaque apparition, parfois en seulement quinze ou vingt minutes ?
Allegri lui-même a évoqué la nécessité de ne pas donner trop de responsabilités à Vergara trop rapidement.
Une prudence compréhensible, mais qui illustre précisément le débat.
Car c'est bien là le fond du problème.
Donner sa chance à un jeune, ce n'est pas le faire entrer à la 80e minute lorsque le match est déjà décidé.
Ce n'est pas non plus le titulariser une fois, puis le renvoyer sur le banc à la première erreur.
Donner sa chance, c'est lui offrir quatre ou cinq matchs consécutifs comme titulaire.
C'est accepter qu'il passe parfois à côté de sa rencontre.
C'est lui permettre de construire des automatismes, de prendre confiance et de comprendre les exigences du très haut niveau.
En somme, c'est lui accorder ce que l'on accorde beaucoup plus facilement à certains joueurs expérimentés :
Du temps.
LA JUVENTUS NEXT GEN : UNE PASSERELLE ENCORE TROP ÉTROITE ?
L'exemple de la Juventus est également révélateur.
Pendant des années, le club turinois a mis en avant sa Next Gen, un projet ambitieux censé faciliter le passage des jeunes vers l'équipe première.
Pourtant, combien de joueurs ont réellement bénéficié d'une continuité suffisante pour s'imposer durablement ?
Nicolò Fagioli semblait notamment promis à un bel avenir.
Talentueux, intelligent dans son utilisation du ballon et formé dans un environnement idéal, il a longtemps dû patienter avant d'obtenir une véritable place dans la rotation de l'équipe première.
Son parcours a ensuite connu d'autres difficultés, mais son intégration initiale rappelle à quel point le passage entre la formation et le football professionnel reste délicat en Italie.
Kenan Yıldız constitue évidemment un cas à part.
Le Turc possède ce petit quelque chose de supplémentaire, cette personnalité et cette qualité individuelle qui rendent presque impossible de le laisser sur le banc.
Mais faut-il absolument être un phénomène pour mériter du temps de jeu à 19 ou 20 ans ?
TOUS LES JEUNES NE DOIVENT PAS DEVENIR DES PHÉNOMÈNES
C'est peut-être ici que réside l'une des principales erreurs de notre football.
Nous cherchons constamment la prochaine grande pépite, le futur Del Piero, le nouveau Totti ou le prochain talent générationnel.
Mais une sélection nationale ne se construit pas uniquement avec des phénomènes.
Elle a aussi besoin de très bons joueurs, de footballeurs fiables, capables de progresser au contact du haut niveau et de devenir des éléments importants de leur club.
Tous les jeunes Italiens ne deviendront pas des stars mondiales.
Et alors ?
Un joueur capable de s'imposer durablement dans un grand club de Serie A représente déjà une réussite considérable pour le football italien.
LA CULTURE DU RÉSULTAT IMMÉDIAT : LE VÉRITABLE OBSTACLE ?
Il serait évidemment injuste d'affirmer que tous les entraîneurs italiens refusent de faire confiance aux jeunes.
Certains ont prouvé le contraire, et les entraîneurs étrangers ne sont pas tous des modèles d'audace.
Mais il existe dans notre football une culture du résultat immédiat, une peur de l'erreur et une tendance à privilégier l'expérience qui peuvent freiner l'éclosion de certains talents.
Dans un grand club italien, un entraîneur sait qu'une série de mauvais résultats peut rapidement fragiliser sa position.
Dans ce contexte, aligner un joueur de 29 ans ayant déjà fait ses preuves apparaît souvent moins risqué que de lancer un jeune de 19 ans.
Pourtant, cette sécurité apparente a aussi un prix :
Celui de talents qui ne progressent jamais autant qu'ils le pourraient.
Chivu et Amorim ne sont pas en train de révolutionner le football italien à eux seuls.
Mais ils rappellent une évidence que notre championnat semble parfois oublier :
La confiance ne doit pas uniquement se mériter par les performances, elle doit aussi permettre de les construire.
CONCLUSION : ET SI LE FOOTBALL ITALIEN MANQUAIT SURTOUT DE COURAGE ?
Et si le véritable problème du football italien n'était pas son manque de jeunes talents, mais simplement son manque de courage pour les faire jouer ?
La Nazionale attend sa relève.
Mais qui, dans les grands clubs italiens, est réellement prêt à lui donner le temps de grandir ?
L'ANGOLO DI MIKI — Une chronique d'opinion signée Miki, pour Calcio Italia Live.
