Des années 1990 au début des années 2000, la Serie A est le championnat où tout le monde veut jouer. Paolo Maldini, Roberto Baggio, Ronaldo ou encore Zinédine Zidane : les plus grandes stars se succèdent sur les pelouses italiennes, attirées par des clubs ambitieux et une concurrence exceptionnelle. Le Milan, la Juventus et l’Inter dominent les débats, mais Parme, la Lazio ou la Fiorentina sont également capables de rivaliser avec les meilleures équipes du continent. À cette époque, le calcio est bien plus qu’un championnat : c’est l’une des vitrines du football mondial. Pourtant, derrière cette période faste, les premiers signes d’un déclin apparaissent, jusqu’au séisme du Calciopoli en 2006.
Les monuments italiens
Impossible d’évoquer l’âge d’or de la Serie A sans parler de Paolo Maldini. Lancé en équipe première du Milan à seulement 16 ans, en janvier 1985, le défenseur consacrera toute sa carrière au club lombard. Lorsqu’il raccroche les crampons, en 2009, son bilan témoigne d’une longévité exceptionnelle : 902 matchs officiels, sept titres de champion d’Italie et cinq Ligues des champions. En 1997, il succède à Franco Baresi comme capitaine des Rossoneri, prenant la tête d’une défense qui a marqué l’histoire du football européen. Maldini incarne alors une certaine idée du calcio, faite d’exigence, de fidélité et d’excellence.
Mais l’Italie ne se résume pas au Milan. En 1990, Roberto Baggio rejoint la Juventus dans le cadre d’un transfert record pour l’époque. Son élégance balle au pied et sa créativité font de lui l’une des grandes attractions du championnat. À Gênes, Roberto Mancini et Gianluca Vialli forment un duo offensif redoutable. Ensemble, ils participent à l’une des plus belles pages de l’histoire de la Sampdoria, couronnée par une victoire en Coupe des vainqueurs de coupe en 1990. Le club génois prouve alors que les grandes histoires européennes ne sont pas réservées aux formations les plus puissantes.
Dans le même temps, une nouvelle génération commence à s’imposer. Francesco Totti devient le visage de la Roma, Alessandro Del Piero celui de la Juventus, tandis qu’Alessandro Nesta s’affirme à la Lazio avant de rejoindre le Milan. Fabio Cannavaro et Gianluigi Buffon s’inscrivent eux aussi parmi les figures majeures du football italien. Tous évoluent dans un championnat où la moindre erreur peut coûter cher. Les attaquants doivent se mesurer à des défenses rigoureuses, les espaces sont rares et les duels particulièrement disputés. Cette exigence tactique contribue à la réputation de la Serie A : pour y briller, le talent ne suffit pas, il faut aussi savoir résister à une opposition redoutable.
L’Europe à leurs pieds
La saison 1989-1990 donne une idée de la puissance du football italien. Le Milan conserve la Coupe des clubs champions européens, la Juventus remporte la Coupe UEFA et la Sampdoria s’adjuge la Coupe des vainqueurs de coupe. Les trois grandes compétitions européennes sont ainsi remportées par des clubs italiens au cours de la même saison. Le calcio ne se contente plus de placer quelques équipes parmi les meilleures : il occupe le sommet du football continental.
La suite de la décennie confirme cette domination. Entre 1990 et 1999, les clubs italiens disputent 25 finales dans les trois grandes compétitions européennes : huit en Coupe des clubs champions puis en Ligue des champions, quatre en Coupe des vainqueurs de coupe et treize en Coupe UEFA. Le bilan est impressionnant, avec treize victoires pour douze défaites. Quatre finales opposent même deux clubs italiens. Une telle présence témoigne de la profondeur du championnat : plusieurs équipes sont capables de viser un titre européen, et pas seulement les habituels géants.
Le Milan d’Arrigo Sacchi, puis celui de Fabio Capello, s’impose comme une référence continentale. La Juventus retrouve les sommets en remportant la Ligue des champions en 1996, tandis que l’Inter et Parme accumulent les succès en Coupe UEFA. La Sampdoria et la Lazio inscrivent également leur nom au palmarès européen. Chaque club possède ses propres armes, ses joueurs emblématiques et son identité. Cette diversité explique en partie la force du calcio : les ambitions européennes ne sont pas concentrées entre les mains d’un seul ou de deux clubs.
Au début des années 2000, les équipes italiennes restent des références, même si la concurrence se renforce. En 2003, le Milan et la Juventus se retrouvent en finale de la Ligue des champions, à Manchester. Le spectacle n’est pas particulièrement ouvert : les défenses prennent le dessus et aucune des deux équipes ne parvient à trouver la faille en 120 minutes. Le Milan finit par s’imposer aux tirs au but et décroche sa sixième Coupe d’Europe des clubs champions ou Ligue des champions. Cette finale entièrement italienne rappelle le poids du calcio sur la scène continentale, même si son hégémonie n’a déjà plus la même évidence qu’au cours de la décennie précédente.
Car ailleurs, les concurrents progressent. Les grands clubs étrangers gagnent en puissance et la bataille économique s’intensifie. La Serie A reste un championnat prestigieux, mais elle ne peut plus compter sur la même supériorité collective. L’Italie continue de peser en Europe, sans être assurée d’en dicter le rythme.
Quand les plus grands jouaient en Italie
Si la Serie A attire autant les regards, c’est aussi parce qu’elle rassemble une concentration de talents rarement égalée. Le phénomène ne naît pas dans les années 1990 : avant cette décennie, Zico, Diego Maradona et Michel Platini ont déjà fait du championnat italien une destination de premier plan. Mais les années 1990 donnent une nouvelle dimension à cette attractivité. Les grands clubs disposent de moyens importants et n’hésitent pas à recruter les meilleurs joueurs du monde pour renforcer leurs équipes.
Les Ballons d’Or illustrent cette période faste. En 1990, Lothar Matthäus est récompensé alors qu’il évolue à l’Inter. Marco van Basten, déjà sacré en 1988 et 1989, remporte un troisième trophée en 1992 avec le Milan. Roberto Baggio lui succède en 1993 sous les couleurs de la Juventus, avant que George Weah, joueur du Milan, ne soit distingué en 1995. Ronaldo, à l’Inter, est récompensé en 1997, puis Zinédine Zidane, à la Juventus, en 1998. Au début des années 2000, Pavel Nedvěd et Andriy Shevchenko prolongent cette série, respectivement en 2003 et 2004. Les joueurs du championnat italien occupent ainsi régulièrement le devant de la scène individuelle, à l’image de leurs clubs sur le terrain.
Derrière ces récompenses se trouvent des équipes qui ont profondément marqué leur époque. Au Milan, le trio néerlandais composé de Van Basten, Ruud Gullit et Frank Rijkaard contribue à bâtir une formation redoutée en Europe. À Turin, Zidane devient l’un des grands visages de la Juventus. À Milan, mais de l’autre côté de la ville, Ronaldo électrise les supporters de l’Inter par ses accélérations et ses dribbles. À Florence, Gabriel Batistuta devient une véritable idole, tandis que Parme attire des joueurs de premier plan comme Hernán Crespo. La Lazio, elle aussi, construit une équipe ambitieuse capable de rivaliser avec les plus grands.
Cette richesse transforme chaque journée de championnat en rendez-vous potentiel. Un choc entre le Milan et l’Inter suffit à mobiliser l’attention, mais les affiches face à la Juventus, à la Lazio ou à Parme sont tout aussi susceptibles de peser sur la saison. Les supporters peuvent voir évoluer des joueurs de classe mondiale sans attendre les grandes soirées européennes. La concurrence est féroce, les rivalités sont profondément ancrées et plusieurs équipes sont capables de se mêler à la lutte pour les titres.
Pour les joueurs étrangers, rejoindre la Serie A représente alors bien plus qu’un simple transfert. C’est l’occasion de se mesurer à une opposition redoutable, de jouer dans des clubs ambitieux et de s’inscrire dans un championnat suivi à travers le monde. Le calcio devient un passage majeur dans la carrière de nombreuses stars, attirées autant par le prestige de ses équipes que par l’intensité de ses compétitions. Cette accumulation de talents contribue à faire de l’Italie l’un des centres névralgiques du football mondial.
Le Calciopoli, le début d’une autre époque
Mais cette période dorée finit par se heurter à une réalité moins reluisante. Au milieu des années 2000, les grands championnats étrangers gagnent du terrain et les clubs italiens commencent à perdre une partie de leur avantage. En 2006, le scandale du Calciopoli éclate et ébranle profondément le football italien. La Juventus est reléguée en Serie B, tandis que plusieurs autres clubs sont sanctionnés. L’affaire porte un coup sévère à l’image de la Serie A, déjà confrontée à des difficultés sportives et économiques.
Le scandale ne suffit pas, à lui seul, à expliquer le recul du calcio, mais il marque un tournant. Le championnat conserve des clubs prestigieux, des joueurs de premier plan et une histoire immense. Pourtant, il ne retrouvera pas aussi facilement la place qu’il occupait au sommet du football européen. Les années où les plus grandes stars se pressaient en Italie et où ses clubs semblaient incontournables en Europe s’éloignent progressivement. Le calcio continue de faire rêver, mais le football a changé et une nouvelle époque commence.
