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Histoire du Calcio Publié le 29 octobre 2026 · 23 h 21 · 2 minPar Giuliano Cara

PAOLO ROSSI : L’HOMME INATTENDU DU MUNDIAL 82

Suspendu pendant deux ans à la suite du scandale du Totonero, Paolo Rossi semblait avoir compromis son avenir international. Pourtant, Enzo Bearzot décide de lui faire confiance pour le Mundial 1982. Après des débuts difficiles, Pablito entre dans la légende grâce à son triplé contre le Brésil, son doublé face à la Pologne et son but en finale contre la RFA. Six réalisations, un titre mondial et un Ballon d’Or : retour sur l’incroyable renaissance d’un héros du calcio italien.

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PAOLO ROSSI : L’HOMME INATTENDU DU MUNDIAL 82

L’Italie aborde le Mundial espagnol de 1982 avec de nombreuses incertitudes, notamment au poste de numéro 9. Enzo Bearzot a pourtant fait son choix : ce sera Paolo Rossi, malgré sa suspension liée au scandale du Totonero et ses deux années loin des terrains. Un pari risqué, que le sélectionneur ne regrettera pas. Au terme d’une compétition exceptionnelle, Pablito conduit l’Italie au sacre mondial, terminant meilleur buteur du tournoi et étant élu meilleur joueur.

Le scandale qui a tout bouleversé

Avant le Mundial espagnol, le calcio est frappé par un véritable tremblement de terre : le scandale du Totonero. En 1980, une affaire de paris clandestins et de matchs truqués éclate en Italie. Plusieurs joueurs et dirigeants sont impliqués, plongeant le football italien dans une crise majeure. Au milieu de cette tourmente, un nom retient particulièrement l’attention : Paolo Rossi, alors attaquant du Perugia.

Le procès suit son cours et les sanctions tombent. Rossi écope initialement de trois ans de suspension, une peine finalement réduite à deux ans. Pour un attaquant de seulement 23 ans, le coup est terrible. Quelques années plus tôt, il s’était révélé aux yeux du monde lors du Mundial 1978 en Argentine, où ses trois buts avaient contribué au parcours de la sélection italienne. Son avenir semblait prometteur, mais cette affaire vient brutalement interrompre son ascension.

Deux années loin des terrains, c’est une éternité pour un footballeur professionnel. Rossi se retrouve privé de compétition à un âge où un joueur est censé progresser, gagner en expérience et confirmer son potentiel. À l’approche du Mundial espagnol, une question se pose alors : pourra-t-il seulement retrouver son meilleur niveau ? Ce qui semblait être le début d’une grande carrière risque désormais de n’en rester qu’une promesse inachevée.

Le pari d’Enzo Bearzot

Lorsque l’Italie dévoile la liste des joueurs qui s’envoleront pour l’Espagne, une question est sur toutes les lèvres : Enzo Bearzot va-t-il rappeler Paolo Rossi, qui vient à peine de retrouver la compétition après deux années de suspension ?

Le verdict tombe : Rossi sera bien du voyage en Espagne. Celui que l’on surnomme déjà Pablito fait partie du groupe italien, au détriment notamment de Roberto Pruzzo, le meilleur buteur de Serie A avec la Roma. Un choix qui ne manque pas de faire réagir. Comment laisser à la maison un attaquant aussi prolifique pour miser sur un joueur qui revient à peine à la compétition ?

Bearzot assume pleinement sa décision. Le sélectionneur connaît les qualités de Rossi et reste convaincu de son potentiel, malgré son manque de rythme et les doutes qui entourent son état de forme. Là où beaucoup voient un pari insensé, il voit un attaquant capable de faire la différence dans les moments décisifs.

Mais la confiance du sélectionneur ne suffira pas à faire taire les critiques. Rossi doit désormais prouver qu’il mérite sa place. Dans quelques semaines, l’Italie entamera son Mundial en Espagne. Pour Pablito, l’occasion de faire taire ses détracteurs est immense. Encore faut-il retrouver le joueur qu’il était avant sa suspension.

La naissance d’un héros

La Squadra Azzurra entame son Mundial le 14 juin 1982. Pourtant, le début de compétition est loin d’être convaincant. Avec trois matchs nuls en autant de rencontres, les Italiens terminent deuxièmes de leur groupe et ne doivent leur qualification qu’à un but marqué de plus que le Cameroun.

Pendant ce temps, Paolo Rossi reste muet. La presse italienne ne ménage ni l’équipe d’Enzo Bearzot ni son attaquant, dont la sélection est de plus en plus contestée. Et le tirage du deuxième tour ne laisse aucun répit aux Azzurri : ils doivent affronter l’Argentine de Diego Maradona, championne du monde en titre, puis le Brésil de Zico, Falcão et Sócrates, considéré comme l’un des grands favoris de la compétition.

Face aux Argentins, le 29 juin, l’Italie montre un meilleur visage. Elle s’impose 2-1 grâce à des buts de Marco Tardelli et Antonio Cabrini. Rossi, lui, ne trouve toujours pas le chemin des filets. Malgré la victoire, les interrogations autour de son rendement persistent.

Le 5 juillet, au stade de Sarrià, à Barcelone, vient le moment de vérité. Sous une chaleur écrasante, l’Italie retrouve le Brésil, qui n’a besoin que d’un match nul pour se qualifier. La Seleção possède une génération exceptionnelle et semble destinée à aller au bout. Mais ce jour-là, un homme va bouleverser tous les pronostics.

Paolo Rossi sort enfin de son silence. Dès la cinquième minute, il ouvre le score de la tête. Sócrates égalise quelques instants plus tard, mais l’attaquant italien frappe une deuxième fois avant la pause. Lorsque Falcão remet les deux équipes à égalité en seconde période, le Brésil semble avoir repris le contrôle. C’est alors que Rossi surgit une troisième fois et inscrit le but décisif. Score final : 3-2.

Trois buts, une victoire historique et une qualification pour les demi-finales. En l’espace de 90 minutes, Rossi fait taire ses détracteurs et renverse son destin. Il est encore aujourd’hui l’unique joueur à avoir inscrit un triplé contre le Brésil en Coupe du monde. Celui que l’on jugeait trop juste pour disputer le Mundial vient de faire tomber l’un des plus grands favoris du tournoi. Le pari de Bearzot prend soudain une tout autre dimension.

À jamais dans la légende

Forte de ses victoires face à deux grandes nations, l’Argentine et le Brésil, l’Italie se met à rêver du titre. En demi-finale, elle retrouve la Pologne, qu’elle avait déjà affrontée au premier tour sur un score nul et vierge (0-0).

Rien ne semble désormais pouvoir arrêter Rossi. Le numéro 20 de la Squadra Azzurra est en feu et fait trembler les filets à deux reprises. Les hommes de Bearzot l’emportent 2-0 et filent en finale, où ils retrouveront la Mannschaft, face à laquelle ils restent invaincus en Coupe du monde.

La finale se déroule au stade Santiago-Bernabéu, le 11 juillet. Les deux nations rêvent de décrocher leur troisième Coupe du monde. Après une première mi-temps équilibrée, l’Italie aurait pourtant pu prendre l’avantage, mais Antonio Cabrini manque un penalty.

Au retour des vestiaires, la Squadra Azzurra passe à l’offensive. Et qui d’autre que Rossi pour montrer la voie ?

À la 56e minute, sur un coup franc joué rapidement, Claudio Gentile adresse un centre. En renard des surfaces, Rossi surgit et marque de la tête. C’est 1-0 : les Italiens sont lancés.

Treize minutes plus tard, à la 69e, Marco Tardelli double la mise. Puis, à la 81e minute, Alessandro Altobelli conclut un contre limpide et porte le score à 3-0.

La RFA réduit l’écart à la 83e minute, mais il est déjà trop tard. L’Italie file vers son troisième titre mondial, qu’elle attendait depuis 44 longues années.

En misant sur Rossi malgré les doutes, Bearzot a finalement réussi son pari. Avec six buts, l’attaquant italien termine meilleur buteur du tournoi et est élu meilleur joueur de la compétition. À la fin de l’année 1982, il reçoit également le Ballon d’Or. Paolo Rossi entre à jamais dans la légende.

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