Le football italien est une histoire de passion, de couleurs, de chants et de rivalités historiques. Mais derrière cette ferveur populaire se cachent aussi des épisodes qui ont profondément marqué le calcio.
Des supporters ont perdu la vie. Des joueurs ont été intimidés. Des rencontres ont été interrompues. Et certains actes, parfois invraisemblables, auraient pu provoquer de véritables catastrophes.
Combien de drames faudra-t-il encore pour que la violence cesse de défigurer le football italien ?
2001 – Inter–Atalanta : le scooter de la honte

Le 6 mai 2001, l'Inter reçoit l'Atalanta à San Siro. Les Nerazzurri s'imposent 3-0, mais un événement hallucinant éclipse la rencontre.
Des supporters interistes dérobent un scooter appartenant à un supporter de l'Atalanta et parviennent à le transporter jusque dans le deuxième anneau du stade.
Après avoir tenté de l'incendier, ils le précipitent vers les gradins inférieurs. Aucun spectateur n'est blessé, mais les conséquences auraient pu être dramatiques.
Comment un scooter a-t-il pu être introduit dans un stade accueillant des dizaines de milliers de personnes ?
Cette image reste le symbole d'une époque où les défaillances de sécurité pouvaient avoir des conséquences catastrophiques.
2004 – Roma–Lazio : un derby arrêté par une fausse rumeur

Le 21 mars 2004, le Derby della Capitale bascule dans le chaos.
Une rumeur circule dans les tribunes : un enfant aurait été tué par un véhicule de police à proximité du stade.
L'information est fausse, mais la tension devient incontrôlable. Malgré les démentis, la rencontre est définitivement interrompue.
Des affrontements éclatent également à l'extérieur du Stadio Olimpico.
Ce soir-là, la désinformation et la pression exercée autour de la rencontre ont suffi à faire disparaître le football derrière la peur.
2007 – Catane–Palerme : Filippo Raciti perd la vie

Le 2 février 2007, le derby sicilien entre Catane et Palerme tourne au drame.
De violents affrontements opposent des groupes de supporters aux forces de l'ordre. L'inspecteur Filippo Raciti, âgé de 38 ans, perd la vie.
Sa disparition provoque une onde de choc nationale. Les compétitions italiennes sont suspendues et les questions de sécurité reviennent au premier plan.
Derrière l'uniforme, il y avait un homme, un mari et un père.
Un match de football ne devrait jamais coûter une vie.
2007 – Gabriele Sandri : parti soutenir la Lazio, il ne rentrera jamais

Le 11 novembre 2007, Gabriele Sandri, supporter de la Lazio âgé de 28 ans, se rend à Milan pour assister à Inter - Lazio.
Sur une aire d'autoroute près d'Arezzo, des tensions surviennent entre supporters. Un policier fait feu et Gabriele Sandri est mortellement touché.
Sa mort déclenche une vague de colère et de violences dans plusieurs villes italiennes. Plusieurs rencontres sont reportées ou interrompues.
Cette tragédie rappelle que la sécurité du football concerne également la gestion des interventions policières et la protection des citoyens.
Gabriele Sandri était parti vivre sa passion. Il n'est jamais arrivé au stade.
2012 – Genoa–Siena : des joueurs humiliés par leurs propres ultras

Le 22 avril 2012, le Genoa reçoit Sienne au stade Luigi-Ferraris.
Menés 4-0, les Rossoblù voient une partie de leurs supporters provoquer l'interruption de la rencontre.
Des ultras exigent que les joueurs retirent leur maillot, estimant qu'ils ne méritent plus de porter les couleurs du club.
Sous la pression, plusieurs joueurs obtempèrent. Le match reprend finalement et Sienne s'impose 4-1.
Depuis quand aimer un club donne-t-il le droit d'humilier ses propres joueurs ?
Un supporter peut critiquer, protester et réclamer des changements. Mais aucun résultat sportif ne justifie les menaces et l'intimidation.
2014 – Ciro Esposito : une finale endeuillée

Le 3 mai 2014, Naples et la Fiorentina doivent disputer la finale de la Coupe d'Italie à Rome.
Avant le coup d'envoi, des violences éclatent dans la capitale. Ciro Esposito, supporter napolitain âgé de 31 ans, est grièvement blessé par balle.
Hospitalisé pendant plusieurs semaines, il décède le 25 juin.
Une nouvelle famille endeuillée. Une nouvelle vie perdue dans un contexte de violences liées au football.
La vie d'un supporter vaut infiniment plus qu'une rivalité.
2018 – Inter–Naples : la mort de Daniele Belardinelli

Le 26 décembre 2018, avant la rencontre entre l'Inter et Naples, des affrontements éclatent aux abords de San Siro.
Une attaque visant des supporters napolitains dégénère. Daniele Belardinelli, supporter de Varèse présent parmi les groupes impliqués, est mortellement percuté par un véhicule.
Ce drame relance les interrogations sur les alliances entre groupes ultras, les embuscades organisées et les violences autour des grandes affiches.
Plus de dix ans après Catane, le football italien est de nouveau confronté à une tragédie.
Le calcio doit cesser de s'habituer à l'inacceptable
Ces événements ne sont pas identiques. Leurs circonstances, leurs responsabilités et leurs conséquences diffèrent.
Mais ils révèlent une même réalité : la violence ne peut pas être considérée comme une composante normale du football.
Les clubs doivent refuser les intimidations. Les autorités doivent assurer la sécurité avec rigueur et proportionnalité. Les responsables d'agressions doivent répondre de leurs actes.
Il faut également protéger ce qui fait la beauté du calcio : ses véritables tifosi.
Les tribunes italiennes ont donné naissance à des chorégraphies extraordinaires, des chants historiques et une culture populaire profondément ancrée dans les villes.
Tous les ultras ne sont pas violents. Et il serait injuste de condamner des milliers de passionnés pour les actes de quelques groupes.
Mais il serait tout aussi irresponsable de détourner le regard.
Plus jamais ça : il est temps que le calcio change
Le football italien n'a pas besoin de renoncer à sa passion.
Il doit simplement cesser de la confondre avec la violence.
Un derby doit pouvoir être brûlant sans devenir dangereux.
Une défaite doit pouvoir provoquer de la colère sans entraîner des menaces.
Un père doit pouvoir emmener son enfant au stade sans craindre pour sa sécurité.
Et un supporter doit pouvoir partir encourager son équipe avec la certitude raisonnable de rentrer chez lui.
Filippo Raciti. Gabriele Sandri. Ciro Esposito. Daniele Belardinelli.
Derrière ces noms, il y a des vies, des familles et des histoires qui méritent davantage que quelques minutes de silence.
Le calcio appartient aux amoureux du football. Pas à ceux qui utilisent ses couleurs pour justifier la haine.
Il est temps que les clubs, les institutions et les supporters avancent ensemble. Non pour effacer les rivalités, mais pour que celles-ci restent à leur place : sur le terrain et dans les tribunes, jamais dans la violence.
