LE JOUR OÙ UN MATCH A CHANGÉ L'HISTOIRE D'UN CLUB
Il existe des défaites qui s'oublient au fil des saisons.
Et puis il existe celles qui deviennent une partie de l'identité d'un club.
Pour la Fiorentina, le printemps 1990 appartient à cette seconde catégorie.
Cette année-là, les Viola ne jouent pas seulement une finale européenne. Ils affrontent la Juventus, leur rival historique, dans une double confrontation qui va laisser une empreinte profonde sur toute une génération de supporters florentins.
Et comme si la perte du trophée ne suffisait pas, Florence s'apprête à vivre une autre déchirure.
Celle du départ de Roberto Baggio.
FLORENCE CONTRE TURIN : UNE RIVALITÉ QUI DÉPASSE LE FOOTBALL
Pour comprendre la finale de 1990, il faut revenir bien avant le premier coup de sifflet.
La rivalité entre la Fiorentina et la Juventus ne naît pas ce printemps-là.
En 1928, la Juventus inflige un humiliant 11-0 à la jeune formation florentine.
En 1982, la Fiorentina termine deuxième du championnat derrière la Juventus, au terme d'une dernière journée marquée par des décisions arbitrales controversées.
À Florence, cette frustration nourrit durablement le ressentiment envers le club turinois.
Deux visions du football italien semblent alors s'opposer.
D'un côté, la Juventus, habituée aux trophées et aux sommets.
De l'autre, une Fiorentina profondément attachée à son identité locale, à ses couleurs et à son public.
En 1990, cette opposition va se jouer sur la scène européenne.
UN PARCOURS EUROPÉEN INATTENDU
La Fiorentina ne réalise pas une saison nationale exceptionnelle.
Mais en Coupe UEFA, elle avance.
Les Viola éliminent notamment l'Atlético de Madrid, Auxerre et le Werder Brême.
Roberto Baggio incarne les espoirs florentins.
À seulement 23 ans, l'attaquant possède déjà cette élégance technique qui fera de lui l'un des plus grands joueurs italiens de son époque.
En face, la Juventus de Dino Zoff dispose d'un effectif expérimenté, avec Stefano Tacconi, Salvatore Schillaci, Pierluigi Casiraghi et Luigi De Agostini.
L'affiche est historique.
Pour la première fois, deux clubs italiens se retrouvent en finale de la Coupe UEFA.
Mais pour les supporters de Florence, l'enjeu dépasse largement le prestige continental.
Battre la Juventus serait une revanche sur des décennies de frustration.
2 MAI 1990 : LA PREMIÈRE BLESSURE
Le match aller se dispute au Stadio Comunale de Turin.
La Juventus frappe dès la troisième minute.
Roberto Galia ouvre le score.
Mais la Fiorentina répond rapidement.
À la dixième minute, Renato Buso égalise.
Pendant un moment, les Viola peuvent croire à un résultat favorable.
La rencontre reste disputée.
Puis, en seconde période, Pierluigi Casiraghi redonne l'avantage aux Bianconeri.
Luigi De Agostini inscrit ensuite le troisième but.
Score final : Juventus 3-1 Fiorentina.
Un résultat sévère pour les Florentins, qui contestent notamment certaines décisions arbitrales.
Mais le tableau d'affichage est sans appel.
La Juventus possède désormais deux buts d'avance avant le retour.
Pour la Fiorentina, il reste un espoir : renverser la situation devant ses supporters.
Sauf que cette seconde manche ne se déroulera pas à Florence.
UNE FINALE À DOMICILE... À PLUSIEURS CENTAINES DE KILOMÈTRES
Le 16 mai 1990, la Fiorentina reçoit officiellement la Juventus.
Mais pas au Stadio Artemio Franchi.
Ni même à proximité de Florence.
La rencontre est organisée au Stadio Partenio d'Avellino, dans le sud de l'Italie.
Le stade florentin étant concerné par les travaux du Mondial 1990, la Fiorentina utilisait déjà un terrain de remplacement. Après des incidents de supporters lors de la demi-finale contre le Werder Brême, le match retour est finalement déplacé sur terrain neutre.
Une situation particulièrement frustrante pour les tifosi viola.
Alors que leur équipe doit remonter deux buts, elle se retrouve privée de l'environnement qu'aurait pu offrir un véritable match à domicile.
Dans les tribunes d'Avellino, la présence juventina est importante.
La Fiorentina doit réaliser un exploit dans des conditions difficiles.
QUATRE-VINGT-DIX MINUTES POUR UN MIRACLE
La Fiorentina tente de renverser la finale.
Roberto Baggio est sur le terrain.
Dunga également.
Mais la Juventus défend son avantage.
La rencontre est tendue.
En seconde période, Pasquale Bruno est expulsé et laisse les Bianconeri à dix.
Les Viola disposent alors d'une supériorité numérique.
Mais le temps passe.
Et les buts ne viennent pas.
Stefano Tacconi résiste.
La Juventus tient son résultat.
Au coup de sifflet final, le score est toujours de 0-0.
La Juventus remporte la Coupe UEFA grâce à sa victoire 3-1 à l'aller.
Pour les Bianconeri, c'est un nouveau trophée européen.
Pour la Fiorentina, c'est une occasion historique qui s'envole.
Mais le pire reste à venir.
ROBERTO BAGGIO : LA BLESSURE APRÈS LA BLESSURE
Quelques jours après cette finale, le football italien apprend une nouvelle retentissante.
Roberto Baggio quitte la Fiorentina pour rejoindre la Juventus.
Pas un autre championnat.
Pas un club étranger.
La Juventus.
Le rival que les Viola viennent précisément d'affronter en finale européenne.
Pour les supporters florentins, le choc est immense.
Baggio n'est pas un joueur ordinaire.
Il est le symbole d'une génération.
Un artiste capable d'offrir de la beauté à une équipe qui n'a pas les moyens des plus grands clubs européens.
Le voir porter les couleurs bianconere représente bien davantage qu'un transfert.
C'est une rupture émotionnelle.
À Florence, la colère éclate.
Des manifestations accompagnent l'annonce de son départ.
Le printemps 1990 laisse ainsi une double cicatrice : une coupe perdue face à la Juventus et le départ de l'idole vers ce même adversaire.
1991 : LE RETOUR DE BAGGIO À FLORENCE
Le 6 avril 1991, Roberto Baggio revient à Florence avec le maillot de la Juventus.
L'accueil est hostile.
Les tifosi n'ont pas oublié.
La Fiorentina mène 1-0 grâce à Diego Fuser lorsque la Juventus obtient un penalty.
Baggio refuse de le tirer.
Luigi De Agostini s'en charge.
Il échoue.
La Fiorentina remporte la rencontre.
Et lorsque Baggio quitte le terrain, il manifeste son affection pour les supporters florentins.
Cette scène devient l'un des épisodes les plus célèbres de la rivalité.
Elle montre aussi que l'histoire est plus complexe qu'une simple opposition entre fidélité et trahison.
Un joueur peut changer de maillot sans effacer son attachement à une ville.
Mais pour les supporters, certaines blessures demandent beaucoup de temps avant de cicatriser.
UNE FINALE QUI N'A PAS CRÉÉ LA RIVALITÉ, MAIS L'A TRANSFORMÉE
Il serait historiquement faux d'affirmer que la haine sportive entre la Juventus et la Fiorentina est née en 1990.
Elle existait depuis longtemps.
Mais cette finale lui donne une nouvelle dimension.
Désormais, les supporters viola peuvent associer à la Juventus plusieurs souvenirs douloureux : le Scudetto de 1982, la finale européenne perdue et le transfert de Roberto Baggio.
Trois épisodes différents.
Une même rivalité.
Pour la Juventus, la finale de 1990 reste avant tout un trophée supplémentaire dans son histoire européenne.
Pour la Fiorentina, elle représente un rendez-vous manqué dont la portée émotionnelle dépasse le résultat sportif.
C'est toute la différence entre gagner un trophée et perdre un rêve.
LE REGARD DE CALCIO ITALIA LIVE
Pourquoi raconter cette histoire aujourd'hui ?
Parce que le football moderne a parfois tendance à réduire les rencontres à des statistiques.
Possession.
Occasions.
Expected goals.
Résultats.
Mais une rencontre ne se résume pas toujours à quatre-vingt-dix minutes.
Certaines finales changent la manière dont les supporters regardent un adversaire.
Certaines défaites deviennent des souvenirs transmis de père en fils.
Et certains transferts donnent à une rivalité une intensité qu'aucun classement ne peut expliquer.
La finale de 1990 est l'un de ces événements.
La Juventus a gagné la Coupe UEFA.
La Fiorentina a perdu une finale.
Mais Florence a surtout vécu un printemps qui allait marquer durablement sa mémoire footballistique.
Parce qu'il existe des matchs qui décident d'un trophée. Et d'autres qui écrivent l'identité d'un club pour plusieurs générations.
CALCIO ITALIA LIVE



