Il fut un temps où, lorsque les clubs italiens disputaient les Coupes d’Europe, on était tous derrière eux. Surtout nous les italiens hors de nos frontières. Je vis en Belgique, et je me souviens encore de cette époque où, au-delà des rivalités entre clubs, l’Italie passait avant tout. Quand une équipe italienne affrontait l’Europe, on espérait la voir gagner. Parce qu’elle représentait aussi notre football, notre championnat, notre pays.
Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression que nous avons perdu quelque chose de bien plus important que des matchs.
Une équipe italienne perd en Europe et les supporters des autres clubs se précipitent pour se moquer. On sort les vannes, on ressort les vieilles histoires et on célèbre la défaite du voisin comme s’il s’agissait d’un trophée. Puis, quelques jours plus tard, c’est au tour de sa propre équipe de tomber, et le scénario recommence. Chacun attend son tour, chacun se réjouit du malheur de l’autre, jusqu’à ce que la roue tourne.
Et pendant ce temps, le calcio continue de reculer.
Attention, je ne suis pas en train de dire que les rivalités doivent disparaître. Elles font partie du football. En championnat, elles sont même indispensables. Et lorsqu’un club italien en affronte un autre en Coupe d’Europe, chacun défend ses couleurs, son histoire et ses tifosi. C’est normal. C’est le jeu.
Mais depuis quand la défaite européenne d’un rival est-elle devenue une victoire personnelle ? Depuis quand préfère-t-on voir un club italien se faire humilier plutôt que de souhaiter qu’il fasse honneur à notre football ?
Que l’Inter perde contre Bruges, que le Napoli tombe face à Villarreal ou qu’une autre équipe italienne se fasse éliminer par un adversaire à sa portée, qu’est-ce que cela change à la vie du supporter d’un autre club ? Absolument rien. En revanche, cela devrait nous interroger collectivement sur le niveau de notre championnat et sur la place qu’occupe désormais le football italien en Europe.
Parce que le problème ne se limite pas aux résultats. Il y a la mentalité, la peur d’innover, le manque de courage et la difficulté à faire confiance aux jeunes. Mais il y a aussi cet "ambiente tossico", cet environnement devenu irrespirable, dans lequel certains supporters semblent davantage préoccupés par l’échec du voisin que par les difficultés de leur propre équipe.
Et c’est peut-être là que le mal est le plus profond.
Pendant que le football européen poursuit son évolution, nous semblons parfois davantage préoccupés par les défaites de nos rivaux que par le recul de notre propre calcio. Le plus inquiétant, ce n’est peut-être même pas le niveau affiché ailleurs, mais notre réaction face à cette réalité : nous comptons les humiliations des uns, nous nous réjouissons des échecs des autres et, pendant ce temps, le fossé continue de se creuser.
La Roma pouvait battre ce Real, et elle l’a montré pendant une grande partie du match. Seules les vingt dernières minutes ont finalement fait la différence. Une Inter plus attentive pouvait également battre le Club Bruges, d’autant que certains tournants de la rencontre ont été bien plus favorables aux Brugeois. Le Como n’est certainement pas inférieur au Feyenoord, tandis que le Napoli peut lui aussi rivaliser avec Villarreal. J’aurais vraiment aimé voir ce dernier match sans l’erreur de Politano, pour savoir ce qu’il aurait pu donner dans d’autres circonstances.
Mais si, au bout du compte, nos ambitions européennes se limitent à espérer atteindre les huitièmes de finale de la Ligue des champions, avec un miracle nécessaire pour aller plus loin, alors il est peut-être temps de regarder la réalité en face.
Les clubs italiens ont perdu des matchs contre des équipes qui, sur le papier, disposent parfois de moins de moyens, d’effectifs moins coûteux et de masses salariales inférieures. Ce constat devrait nous préoccuper bien davantage que la possibilité de chambrer un supporter rival sur les réseaux sociaux.
On peut se chambrer. On peut se provoquer. On peut même se détester pendant nonante minutes, voire toute une vie, parce que le football est aussi fait de passion et de rivalité. Mais il devrait exister une limite. Et cette limite, c’est le moment où la haine du rival devient plus forte que l’amour du football.
Je ne demande à personne de renoncer à ses couleurs, de ranger son écharpe ou de se réjouir d’une victoire de son plus grand rival. Ce serait aller à l’encontre de tout ce qui fait la beauté de notre sport. Je demande simplement qu’on soit encore capables de faire la différence entre la rivalité et cette satisfaction malsaine qui consiste à voir l’autre tomber, même lorsque cette chute contribue à tirer tout le football italien vers le bas.
Parce qu’au fond, que gagne-t-on réellement à célébrer la défaite de son voisin ? Un sourire, quelques provocations sur les réseaux sociaux, une occasion de ressortir un vieux dossier. Et après ? Rien. Le calcio n’a pas progressé d’un centimètre, nos clubs ne sont pas devenus meilleurs et l’Europe ne nous regarde pas différemment.
Si l’Inter s’impose à Bologne et que la Lazio ne gagne pas à Turin, l’Inter se retrouvera seule en tête du classement. Et nous savons déjà ce qui arrivera : certains supporters adverses ressortiront la finale de la Ligue des champions perdue 5-0 il y a deux ans. Ils oublieront tout le reste, comme si cette défaite était devenue leur plus beau souvenir.
Et ils retrouveront le sourire.
Mais ce réflexe ne concerne pas uniquement l’Inter. Demain, ce sera peut-être la Roma, le Milan, la Juventus ou le Napoli qui se retrouvera dans cette situation. Les noms changent, les couleurs aussi, mais la mécanique reste la même.
Et c’est précisément là que nous devrions nous arrêter un instant.
Il fut un temps où, en Europe, les rivalités s’effaçaient au moins le temps d’un match. Où l’on pouvait être un tifoso acharné de son club tout en espérant qu’une autre équipe italienne fasse honneur au calcio. Ce n’était pas de la naïveté. C’était simplement comprendre que la victoire d’un club italien en Europe pouvait aussi être une fierté collective.
Peut-être avons-nous oublié cela. Peut-être avons-nous tellement pris l’habitude de nous battre entre nous que nous ne voyons même plus ce qui se passe autour de nous.
La rivalité, oui. La haine du calcio, non.
Parce qu’avant d’être des rivaux, avant d’être des tifosi de l’Inter, du Milan, de la Juventus, de la Roma ou du Napoli, nous sommes aussi les représentants d’un même football.
Et si nous ne sommes même plus capables de le soutenir lorsqu’il en a besoin, alors le problème ne se trouve peut-être pas uniquement sur les terrains.
On se retrouve bientôt et surtout, soyez fair-play. 😉
PS : Avversari da sempre e per sempre, ma nemici mai. 💚🤍❤️



