# Milan 2005, la grandeur sans couronne
Avec des légendes à tous les postes et un effectif parmi les plus impressionnants de son époque, le Milan AC semblait armé pour tout gagner. Pourtant, entre un Scudetto qui lui échappe et une finale d'Istanbul entrée dans l'histoire, la saison 2004-2005 laisse un goût amer aux Rossoneri.
Reconquérir l'Europe, un début de saison prometteur
Le Milan aborde la saison 2004-2005 avec le Scudetto en poche, mais aussi avec un goût amer, celui d'une élimination en Ligue des champions que personne n'a vraiment digérée. Quelques mois plus tôt, en quarts de finale, les hommes de Carlo Ancelotti avaient pourtant fait l'essentiel en s'imposant 4-1 face au Deportivo La Corogne à San Siro, avant de s'effondrer complètement au Riazor, battus 4-0 dans un scénario aussi inattendu que douloureux.
Pour Silvio Berlusconi, la priorité est donc claire : reconquérir l'Europe. Le club s'en donne les moyens en recrutant Hernán Crespo, Jaap Stam et Vikash Dhorasoo, qui viennent garnir un groupe déjà impressionnant où brillent notamment Paolo Maldini, Kaká, Andrea Pirlo et Andriy Shevchenko.
Les Rossoneri ne mettent pas longtemps à afficher leurs ambitions. Le 21 août 2004, ils remportent la Supercoupe d'Italie face à la Lazio (3-0) grâce à un triplé de Shevchenko et décrochent ainsi un premier trophée dès l'entame de la saison. Avec un tel départ, tout semble réuni pour que les Milanais confirment leur statut et réalisent un nouvel exercice de haut niveau.
Une machine presque parfaite
Aligner des légendes à tous les postes peut sembler facile pour un entraîneur, mais sans lien entre les lignes, le moindre déséquilibre peut faire vaciller toute l'équipe. Pour l'éviter, Ancelotti, déjà vainqueur de la Ligue des champions en 2003 et du Scudetto en 2004, peut compter sur quatre hommes qui structurent le collectif de la défense à l'attaque.
À l'arrière, le capitaine Maldini tient les rênes de la défense et sa seule présence assure une solidité précieuse, épaulé par Stam, Alessandro Nesta et Cafu. Au milieu, Pirlo, positionné en regista, dicte le tempo tel un chef d'orchestre, entouré de Clarence Seedorf et de l'inusable Gennaro Gattuso, qui font le travail de l'ombre pour lui permettre de lancer le jeu.
Devant, deux hommes se partagent la gestion offensive. Kaká apporte le danger par sa vitesse et sa fantaisie, aussi à l'aise pour marquer que pour offrir des passes décisives, tandis que Shevchenko, futur Ballon d'or 2004, joue le rôle du tueur, secondé par Filippo Inzaghi, Jon Dahl Tomasson ou le nouveau venu Crespo. Et c'est là que tout se tient : Gattuso et Seedorf récupèrent les ballons et protègent la défense, Pirlo les redistribue pour relancer proprement, Kaká les transforme en accélérations entre les lignes et Shevchenko conclut. Chacun fait gagner du temps ou de l'espace au suivant et c'est cet enchaînement qui donne à ce Milan son équilibre.
Le Scudetto échappe aux Rossoneri
Le championnat offre cette saison-là à l'Italie l'un de ses plus beaux duels : d'un côté le grand Milan d'Ancelotti, de l'autre la Juventus de Fabio Capello, deux effectifs de légende qui se disputent le Scudetto. Dès le début de saison, les deux équipes affichent une nette supériorité sur leurs concurrents et se suivent coude à coude, jusqu'au premier round, le 18 décembre 2004 à Turin, quelques jours après le sacre de Shevchenko au Ballon d'or. Le match est équilibré, même si les Milanais se montrent un peu plus dangereux sur l'ensemble de la rencontre, mais aucune des deux équipes ne trouve la faille et le score reste vierge (0-0). La Juventus termine championne d'hiver avec deux points d'avance sur le Milan, chacune n'ayant concédé qu'une seule défaite.
La seconde partie de saison ressemble à s'y méprendre à la première et le rendez-vous décisif arrive le 8 mai 2005, dans un San Siro plein à craquer. À quatre journées de la fin, les deux équipes comptent 76 points chacune. Comme à l'aller, la rencontre est dans l'ensemble équilibrée, mais cette fois la Juventus s'impose : à la 28e minute, David Trezeguet, en véritable rapace, reprend de la tête une offrande acrobatique en retourné d'Alessandro Del Piero (0-1). Les Milanais tentent en vain de revenir au score et la Vieille Dame prend alors une option décisive sur le titre, qu'elle ira chercher lors des dernières journées.
Le chemin vers Istanbul
Pendant ce temps, en Ligue des champions, les Milanais n'ont pas oublié le goût amer de la campagne précédente et comptent bien récupérer leur couronne. La phase de groupe les oppose au Barça, au Shakhtar Donetsk et au Celtic. Les Rossoneri font forte impression : ils ne s'inclinent qu'une fois, au Camp Nou (2-1) face au Barça de Ronaldinho, Samuel Eto'o, Deco et consorts, mais terminent premiers du groupe avec 13 points et seulement trois buts encaissés, montrant une solidité défensive impressionnante.
En huitièmes de finale, le Milan tombe sur Manchester United et maîtrise les deux matchs, remportés chacun 1-0. Privé de Shevchenko, blessé à la tempe, il peut compter sur Crespo, qui le remplace à merveille en marquant à l'aller comme au retour.
Le tour suivant, c'est un nouvel Euroderby, après celui de 2003. L'Ukrainien est de retour et, comme à son habitude face à l'Inter, il est à la fête : après l'ouverture du score de Stam, le Ballon d'or inscrit le deuxième. Au retour, les hommes d'Ancelotti trouvent la faille en première mi-temps, toujours via le numéro 7, mais la fin de match restera tristement célèbre avec les jets de fumigènes des supporters interistes. Tout le monde a en tête la photo de Manuel Rui Costa et Marco Materazzi au milieu du terrain, entourés de fumigènes. Le match se termine sur tapis vert et le Milan file en demi-finale.
Il trouve ensuite sur son chemin le PSV Eindhoven, deux matchs très difficiles pour les Milanais : 2-0 à l'aller, 3-1 au retour. Le Milan arrive ainsi en finale en favori face aux Anglais de Liverpool.
Le miracle d'Istanbul
Le 25 mai 2005, au stade Atatürk d'Istanbul, le Milan confirme tout de suite son statut de favori. Dès la première minute, Maldini reprend à la volée un coup franc de Pirlo et ouvre le score après seulement 52 secondes de jeu, le but le plus rapide de l'histoire d'une finale de Ligue des champions. Liverpool est sonné et les Milanais prennent le match en main.
La domination se concrétise juste avant la pause. Kaká lance Shevchenko, dont la passe trouve Crespo au second poteau pour le 2-0, puis l'Argentin double la mise en lobant Jerzy Dudek sur une nouvelle offrande du Brésilien. À la mi-temps, le Milan mène 3-0 et paraît intouchable.
Mais le football réserve parfois des scénarios que personne n'ose imaginer. Au retour des vestiaires, Liverpool se relance grâce à Steven Gerrard, qui réduit l'écart de la tête (54e), suivi de Vladimir Smicer (56e) puis de Xabi Alonso, qui égalise sur le renvoi d'un penalty repoussé par Dida (60e). En six minutes, les Reds ont effacé trois buts d'avance et la finale repart de zéro.
Après le 3-3, le Milan reprend sa domination mais le ballon ne veut plus rentrer : Djimi Traoré sauve sur la ligne une reprise de Shevchenko (70e) et la prolongation n'y change rien. À la 118e minute, Dudek signe un double arrêt sensationnel devant ce même Shevchenko. La finale se joue aux tirs au but. Serginho et Pirlo manquent leurs deux premières tentatives, Tomasson et Kaká convertissent les suivantes, mais Shevchenko, héros de 2003, bute sur Dudek et Liverpool l'emporte 3-2 à l'issue de l'une des plus grandes remontadas de l'histoire. Après le Scudetto perdu face à la Juventus, c'est un nouvel échec pour les Rossoneri.
Une saison à la hauteur des attentes ?
Sur le papier, le Milan de 2004-2005 avait tout pour entrer dans l'histoire mais il termine la saison avec un seul trophée, la Supercoupe d'Italie remportée dès le mois d'août face à la Lazio. En championnat, les hommes d'Ancelotti ont longtemps tenu tête à la Juventus avant de céder au moment décisif, battus à San Siro par un but de Trezeguet, la Vieille Dame finissant par l'emporter avec sept points d'avance. En Ligue des champions, ils ont dominé leur groupe, écarté Manchester United, l'Inter et le PSV Eindhoven, avant de laisser échapper à Istanbul une avance de trois buts qui semblait définitive.
Difficile pourtant de parler d'une saison ratée. Le Milan a affiché une solidité défensive remarquable, vu Shevchenko sacré Ballon d'or en décembre et disputé une finale européenne qu'il a longtemps maîtrisée. C'est tout le paradoxe de cette saison : à chaque rendez-vous capital, il a manqué très peu de choses aux Rossoneri, un but à San Siro, quelques minutes à Istanbul. Même le Scudetto qui leur a échappé ne leur reviendra jamais, puisque le titre de la Juventus sera plus tard retiré à cause de Calciopoli sans être attribué au Milan. La saison s'achève ainsi sur un goût d'inachevé, celui d'une grandeur sans couronne.



